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Noël, le système et moi

STWR
14 December 2020

Noël est le passé en train de mourir, mais Jésus 
ne cesse de renaître chaque fois que vous faites 
un acte de compassion au service d’autrui.

Quand vous pleurez devant quelqu’un qui meurt 
de faim, à ce moment même le Christ 
se révèle en tant que père de votre cœur.

* * *
Quand nous sommes mécontents de nos politiciens et accablés par les problèmes de notre société, nous en arrivons à nous dire que le système dans lequel nous vivons est vraiment pourri – et n’hésitons pas à le critiquer, voire à le condamner. Et pourtant, en vérité, « le système », ça n’existe pas. Ce qui existe, c’est vous et moi, dans notre mode de vie autocentré et suffisant, où, quel que soit le jour, nous ne nous donnons pas beaucoup de mal pour améliorer la situation mondiale. Au moment même où, considérant le monde, nous lançons « Quel système pourri ! », nous nous faisons une idée fausse de la réalité et créons un clivage entre notre personne et les problèmes de l’humanité. C’est un phénomène très étrange que de voir son propre mental se séparer du reste de la famille humaine, puis poser le système en tant qu’entité différente de ce que nous sommes, alors qu’il est en réalité le résultat de notre création collective.
Quand nous voyons nos politiciens qui s’invectivent à la télévision, par exemple, nous n’hésitons pas à modifier notre vote si le parti que nous avons choisi ne tient pas ne serait-ce qu’une seule de ses promesses. Avons-nous voté travailliste pendant quarante-cinq ans ? Maintenant qu'ils menacent d’augmenter nos impôts, nous décidons de changer de camp et de soutenir le parti conservateur qui promet de mettre en œuvre une politique plus favorable à nos intérêts égocentrés. Au lieu de nous mettre à militer et de rejoindre d’autres activistes pour réaliser de vrais changements dans le monde, nous ne pensons qu’à nous-mêmes et laissons au gouvernement la responsabilité d’améliorer la société, comme si les politiques étaient nos parents et que nous étions dépendants d’eux. Pendant ce temps, lesdits politiciens, afin de se maintenir au pouvoir et de flatter les caprices de leurs électeurs, mettent sur pied des montages financiers abstrus et des plans d’investissements juteux en jouant avec les forces du marché qu’ils ne comprennent pas. Préoccupés que nous sommes par les intérêts de nos emprunts et notre inlassable quête du bonheur, nous donnons toute latitude à nos politiciens ignares pour libérer ces mêmes forces du marché, qui ont eu un effet si dévastateur sur notre société, notre environnement, et l’avenir des générations futures. Nous condamnons alors le sytème pour le chaos social et économique qui en résulte, sans reconnaître le rôle que nous avons nous-mêmes joué en entravant le cours naturel de la créativité, de la justice, de la liberté et de l’évolution humaine sur cette Terre.
Comment faisons-nous pour ne pas prendre conscience, avec un tant soit peu d’introspection, du rôle qui est le nôtre dans les tracasseries et les vicissitudes de la vie quotidienne que nous prenons plaisir à appeler le système ? Combien de fois jetons-nous l’anathème sur le capitalisme par exemple, sans nous rendre compte du clivage que cela génère dans notre mental, et qui constitue en soi l’essence même d’un « isme » ? Le fait de voter est l’expression directe d’un isme, puisque, ce faisant, nous renonçons à notre pouvoir en le déléguant à nos élus avant de nous en prendre au système quand tout va mal, quelles que soient par ailleurs notre inaction et notre apathie. Quand, parlant de politique, nous examinons la façon dont notre société devrait être gouvernée et organisée, nous perdons vous et moi notre temps, si, ce faisant, nous ne cessons de sécréter des oppositions entre nous du fait de nos ismes et de nos idéologies antagonistes. C’est nous qui générons et incarnons les ismes sous toutes leurs formes, et singulièrement les ismes politiques auxquels nous nous attachons sous prétexte de camoufler nos peurs, notre égocentrisme et notre suffisance. Tu es travailliste ; je suis conservateur. Mon gouvernement est en désaccord avec le tien ; nous nous faisons la guerre pour une idéologie. Les deux situations proviennent du même niveau de pensée, et c’est nous qui souffrons nous-mêmes des divisions psychologiques que nous avons tous créées. Et nous n’avons aucun moyen d’échapper à notre culpabilité commune, pas même en nous réfugiant dans nos communautés auto-suffisantes et en nous tenant à l’écart, physiquement comme psychologiquement, du reste de l’humanité. Si le monde est en train de disparaître, nous disparaîtrons nous aussi le moment venu, d’une façon ou d’une autre.
Si nous examinons attentivement la problématique et appréhendons, en termes psychologiques, ce que le capitalisme impose aux individus et à la planète, si nous voyons comment ce type d’organisation sociale fondé sur le profit a dégénéré au point de devenir incontrôlable, alors nous nous retrouvons avec une poignée d’ingrédients de base bien peu nombreux : notre suffisance, notre avidité, notre aveuglement, et, par-dessus tout, notre arrogance collective. Donc, si le capitalisme est pourri, nous sommes pourris également, parce que nous incarnons le comportement humain qui a nourri ce système inique pendant des générations. Ce que nous appelons capitalisme dans toute sa pureté n’existe plus ; tout ce que nous voyons aujourd’hui, ce sont les excès de ce système orphelin et corrompu, qui aujourd’hui se trouve en opposition frontale avec le principe de partage. Voilà bien longtemps que la vieille idée du capitalisme telle qu’enseignée à l’université n’a plus cours, quant au partage sur les plans politique et économique, il est tellement tombé en désuétude que c’est à peine s’il est encore compris de ceux qui sont au plus haut niveau de nos gouvernements.
Par conséquent, comment pourrions-nous donc transformer le système, alors que, pour la plupart, nous n’aspirons qu’à perpétuer le confort douillet dans lequel nous vivons, calfeutrés dans les petites niches que nous appelons « ma vie » et « mes droits » ? Nous ne pensons, d’abord et avant tout, qu’à nous-mêmes, donnant la priorité absolue à nos vacances, à nos retraites, à nos divertissements et à l’aménagement de nos intérieurs – nous devrions agiter à bout de bras une pancarte indiquant : « Merci de ne pas déranger ». Cela ne signifie pas que l’on n’a pas le droit de vivre humblement dans le confort et entouré de beaux objets, mais si l’homme riche veut vraiment se sentir tranquille dans ce monde, il doit faire en sorte que tous les autres ont ce qu’il leur faut, faute de quoi son confort devra être assuré par des gardes du corps et des clôtures de sécurité. Les pauvres eux-mêmes sont de longue date conditionnés à accepter les injustices de notre monde fracturé, c’est pourquoi ils restent en permanence plongés dans le découragement et la passivité au lieu de s’unir pour lutter contre les inégalités du système. Voilà si longtemps que notre suffisance se nourrit sur le plan émotionnel de la peur et de l’absence de connaissance de soi, qu’elle en est devenue quasiment génétique. Nous finissons donc par sombrer spirituellement au point d’en oublier notre dessein supérieur et notre potentiel créatif en tant qu’êtres humains, et c’est à cause de cette séparation psychologique qui s’est établie entre nous que l’évolution humaine s’avère être si lente et pénible.
Vu sous cet angle, ce que nous appelons le système peut être défini en termes simples comme notre comportement incorrect dans les relations humaines – entre nous à l’intérieur d’une société, et entre les peuples de nations différentes. Le jour où j’arriverai à percevoir le fait que la société est psychologiquement un prolongement de ma personne et que JE SUIS le système, dans ses manifestations nationales aussi bien qu’internationales, je cesserai de déclarer « il en a toujours été ainsi » quand je me trouverai confronté à la pauvreté, l’injustice et la corruption. Dans ma conscience, la dynamique changera fondamentalement une fois que j’aurai reconnu que nul n’est innocent face aux problèmes de l’humanité, et, pour le moins, je participerai aux manifestations pour la liberté et la justice qui ont lieu sporadiquement dans tous les pays.
L’indécence de ceux qui critiquent le système mais ne font rien pour remédier aux problèmes du monde est, en vérité, une forme de charlatanisme. Peu importe que nous soyons riches ou pauvres ; si, dans notre vie, nous ne recherchons que notre confort et notre bonheur personnels sans nous préoccuper ou sans prendre conscience des crises qui menacent notre monde, notre attitude est psychologiquement dangereuse pour nous comme pour les autres. Avec pareil comportement, comment osons-nous nous plaindre lorsque les forces du marché se déchaînent et génèrent partout destruction et fractures sociales ? En cette époque où la commercialisation s’est littéralement installée dans nos veines, notre suffisance collective a pris des proportions d’une telle ampleur que nous devrions peut-être prêter l’oreille aux fanatiques qui annoncent l’apocalypse prochaine ou l’Armageddon. En vérité, si c’est là la plus haute forme de civilisation à laquelle l’humanité peut parvenir, alors il se pourrait bien que le seul espoir qui nous reste de nous éveiller en masse à notre unité commune soit un effondrement irrévocable de l’économie mondiale.

*
 
Il n’est pas de meilleure illustration de notre complicité tacite à soutenir le système que la célébration de Noël, époque où, par notre consommation débridée, nous dépouillons notre pauvre Terre si fragile au nom de Jésus dans nos artères commerçantes illuminées. Combien sommes-nous à pratiquer le recyclage et à afficher fièrement nos valeurs écologiques, pour mieux envoyer notre belle éthique au diable à l’approche du 25 décembre – car il nous faut alors consommer quel que soit le coût ? Le comble, c’est que nous refusons d’admettre que consacrer autant d’argent à l’achat de cadeaux dispendieux constitue un acte de conformisme politique et surtout une insulte à notre intelligence comme à notre libre arbitre. Même si nous sommes un peu à court, nous préférons emprunter pour acheter des présents à nos amis et à notre famille parce que nous ne voulons surtout pas que notre image en souffre. Et cela malgré l’endettement insupportable de millions de gens et de toutes les nations, en termes financiers comme écologiques. Et même si la triste vérité s’impose à nous intérieurement, à savoir que, sur le plan psychologique, nous vivons séparés les uns des autres, en cette époque de stress et de souffrance infinis. Et malgré cela, nous faisons la fête ; pour célébrer un personnage barbu insaisissable qui trône dans les cieux ; pour célébrer notre famille, avec tous ses membres si heureux « de se réunir comme d’habitude » ; pour célébrer ces retrouvailles qui comblent un instant le vide intérieur de nos existences aussi ternes que formatées ; et pour célébrer le bonheur de nos enfants que nous pourrissons en les couvrant de cadeaux inutiles – au point que chaque Noël nous sert de prétexte pour les soumettre à des expérience pavloviennes. Et pour couronner le tout, nous nous berçons d’illusion, accusant nos gouvernements, les multinationales et le « capitalisme » de détruire la Terre, alors que nous sommes conjointement responsables avec eux de tout ce qui se passe sur notre planète.
Il ne s’agit pas de condamner les festivités de Noël ou de critiquer les fêtes des autres, mais simplement d’examiner aussi honnêtement que possible la réalité de ce qui se passe aujourd’hui. Il n’est pas question de juger ou de montrer du doigt, parce que nous sommes tous responsables des problèmes du monde et que personne n’est innocent, comme nous l’avons déjà établi. Donc, posons-nous en toute sincérité la question suivante : qu’est-ce que Jésus et l’amour ont à voir avec Noël tel que nous le vivons aujourd’hui ? Ayons le courage de voir la réalité en face, et regardons tranquillement en nous-même pour chercher la réponse. A quoi bon dire et se dire que « la vie continue » en répétant rituellement chaque année : « Joyeux Noël » et « Bonne année » ? Où est la sincérité dans ces formules, quand, chaque jour que Dieu fait, de très nombreuses personnes sont plongées dans la peur, le stress et l’insécurité financière – au point parfois de se suicider ? Alors que, pour la plupart d’entre nous, nous souffrons à des degrés divers de dépression, de solitude, et du mal secret jamais avoué des individus qui vivent psychologiquement séparés les uns des autres ? Alors que nous nous faisons violence pour envoyer des cartes de vœux à nos amis et aux membres de notre famille de peur de passer pour de grossiers personnages que la tradition indiffère ?
Allons plus loin, et demandons-nous pourquoi nous tuons des millions d’animaux et abattons autant d’arbres au nom d’un esprit de Noël factice, pour que, réunis autour de ce dîner de fête, nous puissions nous régaler et nous amuser, dans la plus profonde indifférence à ce qui se passe à l’extérieur. Une quantité impressionnante de ressources est ainsi détruite et gaspillée à seule fin de nous permettre de combler un vide dans nos existences aussi futiles qu’angoissées, comme si, le 25 décembre, l’amour de Jésus ne se répandait que sur notre seule famille. Et en fin de compte, ce n’est pas dans un but moral digne de ce nom que tout ce gâchis et toute cette gloutonnerie se seront donné libre cours, mais pour une simple croyance – croyance en laquelle l’Eglise, avec sa kyrielle de dogmes tortueux, nous a entretenus pendant des millénaires.
Nous pouvons toujours nous dire que tous ces cadeaux sont l’expression de notre amour et de notre affection, mais pourquoi cet amour devrait-il se manifester sur commande et à date fixe ? S’agit-il vraiment d’amour ? Ne serait-ce pas plutôt du suivisme et du formatage fondés sur le déni de notre intelligence et une « croyance en une croyance » ? Auquel cas notre achat moutonnier de cadeaux, d’arbres de Noël et de monceaux de victuailles et d’alcool est un acte social qui, en essence, n’a rien à voir avec l’amour et le libre arbitre, mais se caractérise au contraire inévitablement par un malaise d’ordre mental sinon spirituel – pareil conformisme ne pouvant avoir ses racines que dans la peur. Cette frénésie de consommation est chez nous automatique, et à aucun moment nous ne pensons à la violence qu’elle exerce sur cette Terre comme sur nous-mêmes. C’est là un aveuglement qui perpétue le système que nous faisons profession de haïr, tout en détournant le plus souvent notre attention de notre complicité, de notre hypocrisie et de notre suffisance collectives.
N’oubliez pas que nous faisons tous partie de cette réalité, et que nous sommes tous des imposteurs dans une certaine mesure, par le simple fait que nous appartenons à notre société actuelle. Mais fêter Noël n’étant tout de même pas un crime, examinons-nous sans nous condamner, en toute humilité. Essayons de prendre conscience de ce que nous faisons, et du fait que c’est nous qui constituons le sytème même que nous abhorrons, même si nous refusons de voir le rôle qui est le nôtre dans ce système social délétère. Examinons donc ensemble le rapport qui existe entre tout ce qui se passe dans le monde, et demandons-nous s’il n’est pas possible de fêter Noël d’une façon différente qui laisse à l’amour toute sa place.
Parce que ce n’est pas l’amour du Christ qui préside à nos festivités, mais bien plutôt les forces de la commercialisation qui se repaissent de notre conditionnement et de notre esprit de troupeau. Telle est la vérité sur ce qui se passe vraiment, comme toute personne qui a vu les hordes de clients déchaînés lors des soldes de Noël peut en attester. Les multinationales font leurs choux gras de notre propension à acheter mécaniquement, tandis que les banques se repaissent du panurgisme social qui nous fait nous endetter sans fin. Et quand tout ce système de crédit et de prêt implosera, ce seront sans doute les gouvernements qui renfloueront les banques imprudentes pour tenter de remettre sur pied une économie chancelante, mais c’est NOUS qui cherchons à perpétuer notre mode de vie prétendument normal, nous, qui retombons dans nos travers autocentrés d’antan, et qui, ce faisant, nourrissons délibérément ce système inique. La situation mondiale est si instable qu’il n’y aura bientôt plus de renflouements, ni pour les riches, ni pour les pauvres Et cependant, dès que le 25 décembre arrive, nous célébrons UNE FOIS ENCORE une fête qui n’a absolument plus rien à voir avec le Christ et ses enseignements.
Nous connaissons tous très bien les paroles que Jésus a prononcées sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (ēlî ēlî lamâ azavtanî). Mais aujourd’hui, on dirait que c’est l’humanité qui, inconsciemment, semble dire tout bas : « Mon Dieu, pourquoi est-ce que nous VOUS avons abandonné en laissant la commercialisation s’emparer de nos vies, et ainsi profaner votre royaume sacré ? Pourquoi avons-nous renoncé à votre enseignement sur les justes relations entre les hommes ? »
Le fait est que le 25 décembre est un triste et sombre jour, parce qu’au moment même où nous célébrons la naissance du Christ, des millions et des millions d’hommes, femmes et enfants ne disposent même pas du minimum nécessaire pour subsister, encore moins de quoi faire un repas de Noël. Et au douzième coup de minuit le 1er janvier, nous nous souhaitons tous la bonne année, au moment même où des milliers de nos frères et sœurs sont sur le point de mourir dans des contrées éloignées – à croire que nous célébrons toutes ces victimes inutiles de la faim, de la malnutrition et de la maladie. Nous pouvons bien sûr objecter qu’il en a toujours été ainsi, mais fêterions-nous Noël et le Jour de l’An si quelqu’un de notre famille était mort, Dieu nous en garde ? Donc, pourquoi restons-nous sans réagir alors que des milliers d’individus meurent chaque jour de causes évitables liées à la pauvreté, pourquoi cela ne nous interpelle-t-il pas ? A une époque comme la nôtre, ce que nous célébrons en fait est notre liberté auto-proclamée de nous complaire dans notre autosatisfaction, notre insouciance et notre immaturité, à l’abri derrière le sempiternel alibi selon lequel « la vie est courte », « on ne vit qu’une fois » ou « on se retrouve pour fêter ça l’an prochain ».
Faites l’expérience suivante, juste une fois : l’an prochain, au soir du 31 décembre, essayez de ne rien faire, et restez tout seul chez vous, sans regarder la télévision ni communiquer avec qui que ce soit. Et voyez alors votre solitude à minuit, quand vous savez que tout le monde dehors est en train de festoyer et de s’amuser. A ce moment précis, imaginez que vous avez horriblement faim et n’avez aucune chance de trouver à manger, alors que le reste du monde continue allègrement de faire bombance ? Essayons d’imaginer comment nous réagirions.
Si artificielle que soit l’expérience ci-dessus, il n’en reste pas moins que notre autosatisfaction au plan collectif et mondial est délétère, puisqu’elle tue des êtres humains. Notre suffisance tue les pauvres directement ou indirectement, mais elle nous tue aussi nous-mêmes lentement d’un point de vue moral et spirituel lorsque nous conservons un mode de vie qui nous sépare du reste de l’humanité. Nous savons tous que des gens sont en train de mourir de pauvreté quelque part dans le monde, mais combien sommes-nous à réagir ? Vraiment très peu. Dès lors, il n’y a aucune différence morale entre notre célébration de Noël et la famille de la mafia qui exécute de nombreuses personnes avant de se rendre à l’église à Noël en mémoire de Jésus et de son message. Il est bien sûr normal de se réjouir en célébrant les fêtes traditionnelles, mais quel plaisir peut-on y prendre quand on sait que des millions de parents démunis voient leur enfant mourir dans leurs bras de malnutrition ? Et cela alors que des monceaux de produits alimentaires et autres ressources essentielles sont honteusement gaspillés au lieu d’être partagés avec ceux qui en ont désespérément besoin ?
Quand nos festivités sont terminées et que nous lisons notre journal, nous sommes souvent choqués d’apprendre qu’un milliardaire construit un gigantesque palace dans le voisinage d’un bidonville ou d’un quartier très pauvre. Mais pourquoi ne reconnaissons-nous pas que nous vivons exactement dans les mêmes conditions au niveau mondial ou intersocial ? Ne devrions-nous pas avoir honte, ou notre suffisance est-elle si socialement ancrée que nous en sommes devenus totalement indifférents ?
Réfléchissez à cela personnellement, et essayez de comprendre objectivement comment notre suffisance individuelle, familiale et nationale a pu perdurer pendant tant d’années, au point que laisser les pauvres mourir de faim partout dans le monde est devenu normal. C’est effectivement la suffisance planétaire qui déclare : « Mourir dans la pauvreté est leur destinée, je n’ai rien à voir là-dedans. » Nos gouvernements ne font rien pour empêcher des milliers de gens de mourir chaque jour parce que nous leur permettons de s’en tirer en toute impunité. C’est pourquoi nous sommes aussi le système, et le système, c’est nous : tout est interconnecté. Tant que l’homme ordinaire mène une vie d’indifférence, tant que « je » ne fais pas entendre ma voix pour demander justice, alors on ne peut pas condamner les banquiers et les multinationales qui brassent de l’argent au beau milieu de la misère et de la mort.
Pendant combien de temps encore allons-nous faire la sourde oreille et refuser d’entendre les cris des millions de déshérités, sans même aborder le sujet avec nos proches et nos amis ? Pendant combien de temps allons-nous nous soumettre aux diktats des politiciens et de leurs politiques obscures, permettant ainsi aux forces de la commercialisation de ravir nos enfants à notre amour et à notre affection ? Pendant combien de temps allons-nous rester conditionnés, sous la coupe d’ismes qui nous disent que faire, où aller, comment être heureux et pour qui voter ? Et pendant combien de temps allons-nous continuer d'avoir peur et de rester inertes, nous privant ainsi de notre liberté de vivre chaque jour un jour nouveau ? Le temps est venu d’arrêter de refouler celui ou celle que nous sommes profondément – à savoir l’être de compassion et d’amour que nous étions à la naissance.
Nous connaissons tous ces moments très intimes où, tout seuls chez nous, assis sur notre lit, nous fixons le plancher. Passant notre existence en revue, nous mesurons la futilité qu’il y a à travailler ainsi comme un forcené pour payer notre loyer ou rembourser notre emprunt, sous la menace permanente de perdre notre emploi et de devoir vendre notre maison. Nous déroulons toutes les souffrances enterrées au plus profond de nous-mêmes, nos fugaces moments de satisfaction et la solitude perpétuelle qui est la nôtre dont nous ne parlons jamais. Nous évoquons les rares bontés que l’on a eues pour nous et toutes les larmes que nous avons versées. Notre aspiration incessante à trouver le bonheur et à être aimé. Notre espoir de trouver enfin le ou la partenaire de nos rêves ; puis, le mariage ; le divorce déchirant. L’image dérisoire et stressante que nous devons donner de nous-mêmes et entretenir pour être accepté dans une société toujours prompte à critiquer, hypocrite et envieuse. L’angoisse qui nous taraude dans nos rêves, la peur de vieillir, d’être rejeté. Et la télévision qui nous présente sans relâche les mêmes politiciens, les mêmes visages ternes et l’interminable succession d’émissions débiles. Assis sur notre lit et confrontés à cette vision désespérante de nos relations avec le monde, nous nous demandons peut-être comment la société a réussi à nous rendre si indifférents aux souffrances des autres. Et comment le système a pu réduire comme peau de chagrin notre compassion pour tout ce qui vit, tout en nous coupant de nos enfants, de la nature et en étouffant le peu d’amour qui nous reste dans le cœur. Nous connaissons tous ces moments où, en proie à la colère, au sentiment de notre culpabilité et de notre indignité, nous sommes accablés par le vide et le désespoir sans fond de nos pensées, et où nous finissons par éteindre la lumière et nous blottir sous notre couverture, en nous disant : il doit quand même bien y avoir autre chose dans la vie !

*

Devant l’accumulation des souffrance et des problèmes cruciaux dans le monde, quelle meilleure façon de célébrer Noël cette année que de descendre dans la rue et de manifester pacifiquement pour exiger la fin de la pauvreté et de l’injustice. Et de dire : arrêtons d’abattre des arbres ! Arrêtons d’acheter des cadeaux extravagants ! Puis de faire entendre nos voix pour que tous les affamés du monde soient nourris, soignés et secourus. Ne serait-ce pas là le plus beau Noël de notre vie ? Parce que, ce faisant, nous déclarerions non seulement notre fidélité et notre affection à notre famille et à nos amis, mais encore notre unité et notre amour au monde entier. Si Jésus marchait parmi nous aujourd’hui, c’est peut-être ce qu’il nous demanderait de faire. Il ne nous demanderait pas de continuer à nous livrer à une débauche de festivités d’où l’amour véritable est exclu. Le moins que nous pourrions faire en sa mémoire serait de nous réunir pour réfléchir sur les différentes façons d’aider les pauvres, puis de déterminer leurs besoins ainsi que ceux de l’environnement.
Par exemple, si, ne serait-ce qu’une année, nous pouvions nous abstenir de célébrer Noël et le Jour de l’an à coups de dépenses folles dans une frénésie de consommation, imaginez ce que nous pourrions faire avec tout l’argent ainsi épargné pour nos frères et sœurs qui meurent de faim et de maladie. Imaginez ce que nous accomplirions ensemble si cet argent était mis dans un fonds commun et redistribué à ceux qui en ont un besoin urgent. Quel Noël ce serait ! Imaginez nos enfants, leurs larmes d’amour et de joie dans l’explosion de bonne volonté du monde entier. Et imaginez aussi la puissance de cet amour et de cette liberté explosant dans tous les pays, avec des millions de personnes unies sous la bannière de l’humanité une – sans croyances, sans autorité, exprimant, dans la dignité et la beauté, leur nature profonde. Alors peut-être ferions-nous enfin de nouveau l’expérience de la présence du Christ parmi nous.
Il n’est pas question de faire la charité aux pauvres en leur envoyant des colis pour Noël, cela n’a rien à voir avec la révolution psychologique et spirituelle que nous envisageons ici en termes humains. Il est temps que nous éliminions le réflexe conditionné de la charité de notre esprit, car c’est là une caricature indigne de l’amour – et qui plus est une insulte à celui qui donne comme à celui qui reçoit, si, après avoir donné, nous reprenons le cours de notre vie autocentrée au lieu d’aider les pauvres à obtenir justice, ou de chercher à transformer la société et notre vision des choses. Et de toute façon, les pauvres, eux, ne broncheront pas – ils protestent rarement, surtout dans les pays les plus déshérités où tout ce qu’ils savent faire, c’est mourir de faim. Nous pouvons faire un don à l’occasion de Noël – c’est même recommandé – mais cela revient à ne rien faire du tout, parce que nous oublions très vite l’objet de notre générosité éphémère. C’est ainsi que nous normalisons la pauvreté et l’injustice sociale et que nous alimentons nous-mêmes les causes de l’inégalité et de la souffrance.
Donc, au lieu d’envoyer toujours plus de dons aux organisations caritatives, unissons-nous pour exiger de nos gouvernements qu’ils en finissent avec la pauvreté une bonne fois pour toutes en renonçant aux pratiques condescendantes de la charité, et en redistribuant les ressources excédentaires de notre nation au nom de la justice et des justes relations humaines. Unissons-nous et descendons dans les rues de toutes les villes par centaines de milliers pour exiger que nos gouvernements dressent un inventaire de tout ce dont nous disposons en excès, pour le comparer avec les besoins d’autres nations. C’est là une façon de procéder courante : une famille qui déménage fait en général un inventaire de ses biens pour savoir de quoi elle veut se défaire, qu’elle donne bien souvent à un organisme de bienfaisance. Eh bien demandons à nos gouvernements de faire chacun un inventaire des ressources excédentaires de leur nation, et d'implémenter, par l’entremise des Nations Unies, la logistique nécessaire pour les réaffecter aux régions du monde qui en ont le plus besoin.
Il ne sera pas question de charité, puisque ce processus sera mis en œuvre via des accords intergouvernementaux qui garantiront en permanence l’élimination de toute forme de dénuement engageant le pronostic vital comme de toute maladie évitable. Nombreux sont les pays qui produisent beaucoup plus que nécessaire, particulièrement en termes de céréales et de produits alimentaires de première nécessité. Ce n’est donc pas beaucoup demander à la famille des nations que de procéder à un inventaire mondial de tout ce qui est produit en excédent, puis de coopérer pour partager les ressources mondiales de manière à éradiquer l’extrême pauvreté. Et si notre gouvernement refuse de s’exécuter, descendons dans la rue en masse et faisons en sorte que retentisse haut et fort la voix populaire qui portera au pouvoir les politiciens adéquats, ceux qui sauront entendre et répondre à notre appel à la liberté, à l’égalité et à la justice.
Ce n’est pas pour autant que nous ne devons pas célébrer Noël, dès lors que nous fêtons cet événement traditionnel dans la simplicité, la fraternité, et le respect de la planète. Nous ne pouvons pas commémorer la naissance du Christ avec un esprit formaté, et en faisant abstraction de ce qui se passe aujourd’hui d’un point de vue moral. Nous ne pouvons pas non plus considérer Noël comme une fête religieuse si nous nous focalisons uniquement sur les agapes, les réjouissances et les cadeaux, sans une pensée pour les graves problèmes du monde et sans même prononcer le nom de Jésus, ni évoquer la pauvreté et l’injustice. Descendons avec nos verres dans la rue pour y organiser une manifestation de masse et tournons le dos à nos guirlandes et à notre dinde farcie.
Et si nous voulons évoquer Jésus, dînons dans la simplicité avec nos proches et renonçons aux cadeaux coûteux, à la gloutonnerie, à la vénalité et au matérialisme grossier qui sont une insulte à cette période de l’année qui est censée être sainte. Profitons au contraire du jour de Noël pour instaurer des relations humaines justes dans notre famille et avec nos amis, et faisons une démonstration d’amour en action en nous mettant au service les uns des autres pendant ces quelques jours de vacances que nous passons ensemble. Cela nous rapprochera davantage de Jésus que tous les rituels que nous pourrions observer en son nom. Cela marquera durablement nos enfants et nous rappellera à tous les enseignements du Christ dans leur beauté et leur simplicité.
Pour ceux qui aspirent à faire l’expérience de la présence et de l’énergie du Christ, ce n’est pas en s’éternisant autour d’une table pour s’empiffrer, s’alcooliser et jacasser qu’ils y parviendront. Parce que la vraie nature du Christ, c’est l’amour inconditionnel et le service par le sacrifice, comme chacun le sait. Nombreux sont ceux qui attendent un grand jour de déclaration à l’occasion duquel le Christ sera de retour au milieu des hommes, mais nous oublions que le Christ ne cesse de se déclarer quotidiennement autour de nous. Quand vous retrouvez un être cher après de nombreuses années de séparation, c’est une manifestation du Christ et de son amour. Quand un homme gravement blessé est sauvé par Médecins Sans Frontières dans une zone de guerre, l’énergie du Christ est présente lorsque l’homme, une fois hors de danger, serre chaleureusement la main du médecin étranger qui l’a soigné. Ou bien si, après avoir donné à manger à un déshérité affamé, vous lisez dans son regard de la reconnaissance alors qu’il est en train de manger, c’est le Christ qui se manifeste entre vous deux.
Ne comprenons-nous pas l’extraordinaire événement planétaire que cela sera, quand nous descendrons dans la rue et manifesterons dans l’unité pour la justice et la liberté, quand nous reconnaîtrons enfin le Principe Christique en nous et dans les autres, et quand, tous ensemble, nous demanderons à nos gouvernements de partager les ressources du monde ? Sommes-nous seulement capables de concevoir pareille manifestation de compassion entre tous les hommes, lorsqu’il n’existera plus la moindre division entre les peuples de toutes les nations, et que seul l’amour subsistera ? Pour nous, le Christ est le Seigneur de l’Amour, celui qui est déjà venu dans le monde, et qui y a été envoyé pour éveiller ce principe en nous. Mais quand nous exprimons vraiment de l’amour pour notre prochain, alors, de surcroît, nous sommes libres, intérieurement et extérieurement. L’amour et la liberté sont très intimement liés, c’est pourquoi, si le Christ est l’incarnation de l’amour, alors il est aussi le Seigneur de la liberté. Donc, si nous voulons connaître la vraie nature du Christ à Noël, manifestons dans l’unité, demandons une nouvelle législation, une nouvelle Terre, une nouvelle révélation et, ensemble, vivons ce qui s’ensuivra.
Posez-vous un instant, fermez les yeux, et imaginez que vous êtes le Christ. Embrassant le monde du regard, avec ses abîmes de souffrance, d’injustice et de chaos, vous décidez de revenir sur Terre pour y donner de nouveau votre enseignement. Comment vous y prendriez-vous, sachant que l’homme a sombré dans un puits sans fond de croyances et de galimatias, d'où la simplicité est pratiquement exclue, et où le conditionnement mental a atteint des sommets ? Sachant aussi qu’une immense opposition vous attend, prête à vous poursuivre de sa hargne et de son hostilité, sachant qu’avant même que vous ayez esquissé le moindre pas dans la société d’aujourd’hui, une voix venant des cieux vous glisserait à l’oreille : « Mon fils, n’oublie pas qu’il est interdit de porter atteinte au libre arbitre humain. » De plus, des forces obscures sont là, qui vont tenter de vous entraîner dans une partie d’échecs diabolique, dans un affrontement impénétrable conçu spécialement pour vous par les forces de la commercialisation installées au pouvoir. Et ces forces ne savent que trop bien que les Rois et les Reines de cette partie ne sont pas faits de bois, mais de libre arbitre humain. Comment vous y prendriez-vous pour sauver notre pauvre monde, par où commenceriez-vous ?
On est en droit de se demander quel rôle jouerait l’Eglise dans cette situation. Les prêtres reconnaîtraient-ils seulement le Christ, si celui-ci marchait parmi nous aujourd’hui ? A moins que ce ne soit plutôt Jésus qui aurait du mal à reconnaître son Eglise et ce qu’elle est devenue. Les dignitaires de l’Eglise d’aujourd’hui semblent plus soucieux de recruter des croyants en un Dieu imaginaire qu’à suivre le commandement du Christ d’aider et de servir les pauvres. Quand ils ne sont pas englués dans des débats théologiques abscons sur la question de savoir ce que Jésus aurait pu dire il y a deux mille ans, ce même Jésus dont ils ont fait leur figure de proue et qu’ils ont installé quelque part, là-haut, dans des cieux mythiques fort éloignés de notre réalité quotidienne. Ils n’ont pas appris à leurs ouailles à descendre dans la rue et à agir pour la justice, et, ce faisant, à constater les méfaits de la commercialisation et le besoin criant d’unification des voix de tous les peuples du monde. Au lieu de cela, ils débitent des sermons sur un personnage historique du nom de Jésus qui n’aurait plus rien à voir avec celui qui a radicalement fait voler en éclats le statu quo en nous enseignant d’aimer notre prochain comme nous-même.
Voilà deux mille ans que nous prions le Christ : cela ne suffit-il pas ? Nous avons édifié des milliers de temples merveilleux à sa gloire : n’est-ce pas suffisant ? Le moment n’est-il pas venu d’en finir avec nos cérémonies et notre adoration pour reconnaître enfin le Christ en chacun d’entre nous et en nous-mêmes, rassemblés sous une bannière unique où on lirait : « Liberté et justice pour tous » ? Le moment n’est-il pas venu pour le prêtre d’abandonner la pompe sacerdotale et de venir manifester dans les rues avec nous pour la justice, la paix et la fin de la misère ? Où étaient les prêtres lorsque les capitales du monde se sont couvertes de tentes et de manifestants ? Où est la lame de fond de soutien populaire parmi le clergé, maintenant que le pape François a pris position en faveur d’une réforme économique et de l’égalité dans le monde ? Et qui sont les vrais prêtres de la société moderne, si nous considérons la Terre comme le saint temple de Dieu – sont-ce les hommes d’Eglise qui passent leur temps en rituels et en vaines confessions, ou sont-ce les activistes de Greenpeace et de milliers d’autres groupes qui se battent pour défendre les droits de notre Mère Nature ?
Le rôle de l’Eglise est de guérir, soigner, protéger, enseigner et apporter la lumière, mais il semble que ce soient les citoyens ordinaires engagés qui accomplissent aujourd’hui cette mission en lieu et place de l’Eglise. C’est pourquoi le seul moyen qui s’offre à l’Eglise de se réformer en conformité avec les enseignements de Jésus consiste à soutenir la voix montante des peuples – comme beaucoup de religieux tentent de le faire, malgré la résistance générale de leurs instances supérieures. Si les Eglises Catholique et Chrétiennes persistent dans leur compréhension dévoyée de la divinité et du Christ, il est inévitable qu’elles soient de plus en plus délaissées, comme le montre le nombre d’édifices religieux qui ferment leurs portes et qui sont mis en vente. Mais si l’Eglise prend conscience de l’amour et de la présence du Christ dans les manifestations géantes qui se multiplient dans le monde, et si elle se met au diapason de l’opinion publique pour exiger davantage de liberté et de tolérance au sein des nations, alors elle a un rôle important à jouer dans la vaste transformation sociale qui s’annonce.
C’est notre responsabilité à tous, quelles que soient notre couleur, notre croyance et notre position dans cette vie, de participer à cet appel unifié à la justice, de pointer les effets maléfiques d’une culture asservie à la commercialisation, et de faire entendre nos voix à nos gouvernements à côté de celles de millions d’autres personnes. Une fois ces événements enclenchés, le principe de partage ne tardera pas à être reconnu comme la solution ultime et unique aux problèmes du monde.
 

Mohammed Sofiane Mesbahi is STWR's founder.

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